À PROPOS

JEAN-FRANÇOIS CHARLOT

Traits et lumières

Le fou littéraire n’est pas maître de ce qu’il dit, mais la langue parle dans son texte. De même, le fou en peinture ne maîtrise pas les images qu’il dessine mais des oeuvres naissent sous ses crayons aveugles. Le fou est troublant parce que il est avant tout un être de culture. Pourtant il ne la porte pas, elle le traverse. Par ailleurs la nature semble chez lui d’une extrème minceur.

Jean-François Charlot est peintre. Depuis plusieurs années il mène à travers la peinture et le dessin une quête angoissée du noyau d’humanité présent dans tout individu. Il prend les fous pour modèle et cherche à dévoiler « ce qu’on peut voir au fond mais aussi à travers sans jamais tout percevoir… ».

En peinture il utilise la transparence (verre, polyester) parce que c’est un moyen d’exprimer les différentes strates de l’individu, de viser les profondeurs de l’être sans jamais les atteindre pourtant. Il créé ainsi des images diaphanes et fantastiques, à la fois séduisantes et effrayantes.

En dessin, dans son travail récent, le visage incomplet dans sa représentation mais parfaitement entier dans sa présence et son pouvoir d’évocation pourrait sembler réduit à quelques traits forts. Mais des lignes multiples griffées, rompues et entremêlées se ramassent, se condensent et esquissent ici un oeil, là une oreille ou encore une chevelure. La figure humaine émerge ahurie et précise sur un papier rosé qui évoque le diagramme , l’évaluation clinique.

Jean-François Charlot est attiré par le fou, sans doute parce que celui-ci est en mesure de lui livrer « ce « milieu », cet « intérieur  » où circulent traits et lumières ». De plus la tête le fascine. Elle est pour lui « la représentation universelle de l’homme, notre icône universel et intemporel. »

Catherine Plassart « La feuillée » novembre 2005